IMMORTALITÉ DE L'AME ou
RÉSURRECTION DES MORTS?

Le témoignage du Nouveau Testament

  1. Avant-Propos
  2. Le dernier ennemi: la mort. Socrate et Jésus
  3. Le salaire du péché: la mort. Corps et âme. Chair et Esprit.
  4. Le premier-né d'entre les morts. Entre la Résurrection du Christ et l'anéantissement de la mort.
  5. Ceux qui dorment. Saint-Esprit et état intermédiaire des morts.
  6. Conclusion

AVANT-PROPOS

Le présent ouvrage reproduit un travail que nous venons de publier en Suisse [Mélanges offerts à KARL BARTH à l'occasion de ses 70 ans, parus chez Reinhardt, Bâle, 1956 (Theologische Zeitschrift, N. 2, p. 126 ss). Voir aussi Verbum Caro, 1956, p. 58 ss] et dont un résumé a déjà paru dans différents périodiques français.

Aucune autre de nos publications n'a suscité des réactions aussi vives que celle-ci, les unes enthousiastes, les autres violemment hostiles. Les rédacteurs des journaux en question ont bien voulu nous communiquer quelques-unes des lettres de protestation qu'ils ont reçues de la part de leurs lecteurs. A l'un des correspondants, notre article a inspiré la réflexion amère qui suit: «Au peuple français qui meurt parce qu'il n'a pas le pain de vie on offre des pierres au lieu de pain, quand ce n'est pas des scorpions.»

Un autre parait nous prendre pour une sorte de monstre qui trouve du plaisir à jeter le trouble dans les âmes: «M. Cullmann, écrit-il, a-t-il une pierre à la place du coeur?» Pour un troisième, notre étude a été un «sujet d'étonnement, de tristesse et de grande inquiétude.» Des amis qui ont suivi nos travaux précédents avec intérêt et sympathie nous ont fait part de la peine que celui-ci leur a causée. Chez d'autres, nous avons senti un malaise qu'ils ont essayé de cacher par un silence éloquent.

Nos interlocuteurs appartiennent aux camps les plus différents. Le contraste que, par souci de la vérité, nous avons cru devoir relever entre l'espérance courageuse et joyeuse du christianisme primitif relative à la résurrection des morts et la sereine attente philosophique d'une survie de l'âme immortelle déplait tout autant à bon nombre de croyants sincères de toutes les confessions [Toutefois, jusqu'ici, les principales protestations nous ont été adressées du côté protestant.] et de toutes les tendances théologiques qu'à des personnes qui, sans être détachées extérieurement du christianisme, ont cependant des convictions d'inspiration plutôt philosophique. Ni les uns ni les autres n'ont essayé jusqu'ici de nous réfuter sur le plan exégétique qui est pourtant celui de notre travail.

Ce singulier accord nous parait symptomatique de l'universalité de l'erreur qui consiste à attribuer au christianisme primitif la croyance grecque à l'immortalité de l'âme. D'autre part des esprits aussi différents que ceux que nous venons de caracteriser se rencontrent dans l'incapacite commune d'écouter en toute objectivité ce que nous enseignent les textes sur la foi et l'espérance des premiers chrétiens, sans meler à l'interprétation de ces textes leurs propres désirs et les opinions qui leur sont chères. Cette incapacité d'écouter est surprenante à la fois de la part d'intellectuels attachés aux principes d'une saine exégèse scientifique et de la part de croyants qui prétendent se baser sur la révélation de la parole sacrée.

Les polémiques suscitées par notre travail nous impressionneraient davantage si l'on nous opposait des arguments exégétiques. Au lieu de cela, c'est par des considérations toutes générales d'ordre philosophique, psychologique et surtout sentimental qu'on nous combat. On nous dit : «Je peux admettre l'immortalité de l'âme, mais pas la résurrection du corps» ou bien . «Je ne peux pas croire que nos chers défunts ne fassent que dormir pendant une période indeterminée et que moi-même je ne ferai que dormir après ma mort, en attendant la résurrection».

Faut-il vraiment rappeler aujourd'hui à des intellectuels, croyants ou non, qu'il y a une différence entre admettre pour vrai le fait que telle croyance a été celle de Socrate et partager sa croyance? Entre reconnaître telle espérance comme étant celle des premiers chrétiens et partager cette espérance ?

Il s'agit d'abord d'écouter ce que dit Platon et ce que dit saint Paul. On peut aller plus loin. On peut respecter et même admirer les deux enseignements. Et comment ne le ferait-on pas surtout lorsqu'on les met en rapport avec la vie et la mort de leurs auteurs? Mais ce n'est pas là une raison suffisante pour nier qu'il existe une différence radicale entre l'attente chrétienne de fi résurrection des morts et la croyance grecque a l'immortalité de l'âme. L'admiration, quelque sincère qu'elle soit, pour les deux conceptions ne saurait nous autoriser à prétendre, contrairement à notre conviction profonde et contrairement a l'évidence exégétique, qu'elles soient compatibles l'une avec l'autre. Qu'on puisse trouver certains points de rencontre, nous l'avons montré dans notre travail. Il n'empêche que l'inspiration fondamentale reste radicalement différente.

Le fait que le christianisme ultérieur ait établi, plus tard, un lien entre les deux croyances et que le chrétien moyen les confonde aujourd'hui purement et simplement, n'a pas pu nous inciter à nous taire sur ce qu'avec la grande majorité des exégètes nous considérons comme la vérité, et cela d'autant moins que le lien qu'on a établi entre l'attente de la «résurrection des morts» et la croyance à «l'immortalité de l'âme», en réalité, n'est pas un lien, mais un renoncement à l'une en faveur de l'autre : on a sacrifié le chapitre 15 de la première Epitre aux Corinthiens à Phédon. Il ne sert à rien de camoufler ce fait, comme on le fait si souvent aujourd'hui, en combinant ce qui, en réalité, est incompatible, par le raisonnement quelque peu simpliste qui suit: ce qui, dans la doctrine chrétienne, nous paraît irréconciliable avec la croyance a l'immortalité de l'âme, donc précisément la résurrection proprement dite, ne serait pas une affirmation essentielle pour les premiers chrétiens, mais une simple accommodation aux expressions mythologiques de la pensée de leur temps, et l'intention profonde qui en forme la substance viserait aussi l'immortalité de l'âme. Il faut, au contraire, reconnaître loyalement que précisément ce qui distingue l'espérance chrétienne de la croyance grecque est le centre même de la foi du christianisme primitif. Si l'interprète ne peut pas l'accepter comme fondamentale, il ne doit pas en conclure qu'elle ne soit pas fondamentale non plus pour les auteurs qu'il étudie.

***

En présence des réactions négatives et de l'«inquiétude» provoquée par la publication de notre thése dans différents journaux, n'aurions-nous pas dû, par charité chrétienne, interrompre la discussion au lieu de publier notre travail sous forme de brochure? Notre décision a été dictée par la conviction que non seulement au point de vue scientifique, mais au point de vue chrétien, il peut y avoir des «scandales» salutaires. Nous demanderons seulement à nos lecteurs de bien vouloir prendre la peine de lire notre étude jusqu'au bout.

Nous y avons envisagé la question sous l'angle exégétique. En l'envisageant sous l'angle chrétien, nous nous permettons de rappeler à nos interlocuteurs qu'en mettant en avant, comme ils le font, leur désir personnel, la manière dont ils voudraient survivre et dont ils voudraient que survivent les leurs, ils donnent, sans le vouloir, raison aux adversaires du christianisme qui ne cessent de répéter que la foi des chrétiens ne serait que la projection de leurs désirs.

En réalité, n'est-ce pas la grandeur de l'espérance chrétienne que nous nous sommes efforcé d'exposer, de ne pas partir de notre désir personnel, mais de placer notre résurrection dans le cadre d'une rédemption cosmique, d'une création nouvelle de l'univers?

Nous ne sous-estimons nullement la difficulté que l'on peut éprouver à partager cette foi, et nous reconnaissons volontiers la difficulté à parler de notre sujet d'une façon tout à fait détachée, alors que les tombes ouvertes nous rappellent toujours à nouveau que ce n'est pas là seulement un sujet de discussion académique. Mais n'est-ce pas une raison de plus pour chercher la vérité et la clarté dans ce domaine encore plus qu'ailleurs? Le meilleur moyen pour y arriver n'est certainement pas de partir de l'équivoque, mais de commencer par exposer simplement, aussi fidèlement que possible, grâce aux moyens qui sont a notre disposition, l'espérance des auteurs du Nouveau Testament, en montrer la substance, montrer - quelque dur que cela nous paraisse - ce qui la sépare d'autres croyances qui nous sont chères. En examinant tout d'abord, objectivement, l'attente des premiers chrétiens dans tout ce qu'elle peut avoir de choquant au point de vue de nos opinions reçues, ne suivons-nous pas la seule voie possible sur laquelle il nous sera peut-être quand même donné, non seulement de la mieux comprendre, mais de constater qu'elle n'est pas aussi impossible à «admettre» que nous le croyons?

Nous avons l'impression que certains de nos lecteurs n'ont même pas pris la peine de lire notre exposé jusqu'au bout. La confrontation de la mort de Socrate avec celle de Jésus semble les avoir scandalisés et irrités à tel point qu'ils n'ont pas continué et qu'ils n'ont même pas vu ce que nous disons de la foi du Nouveau Testament en la victoire du Christ sur la mort.

Pour beaucoup de ceux qui nous ont attaqué, l'objet de «tristesse et d'inquiétude» n'est pas seulement la distinction que nous faisons entre résurrection des morts et immortalité de l'âme, mais surtout la place qu'avec tout le christianisme primitif nous croyons devoir attribuer, dans son espérance, à l'état intermédiaire de tous ceux qui sont morts et qui meurent en Christ avant la fin des temps, cet état que les auteurs du premier siècle désignent par le terme de «sommeil». On se révolte d'autant plus contre l'idée d'un état d'attente provisoire que l'on aimerait au moins avoir des précisions sur ce «sommeil» des morts qui, dépouillés de leur corps charnel, sont encore privés du corps de résurrection, mais tout de même en possession du Saint-Esprit. On ne veut pas se contenter de la discrétion que les auteurs des écrits du Nouveau Testament, y compris saint Paul, observent à cet égard, et l'on ne veut pas se contenter de l'assurance joyeuse de l'apôtre disant que la mort ne saurait plus séparer désormais du Christ celui qui a le Saint-Esprit: «Que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Christ.»

A ceux qui trouvent cette idée de «sommeil» absolument inacceptable, nous serions tenté de demander, en quittant alors résolument le plan de l'exégèse qui est celui de notre étude, s'il ne leur est jamais arrivé de faire en dormant un rêve merveilleux qui les a rendus plus heureux que n'importe quelle expérience bien qu'ils n'aient fait que dormir? Cela ne pourrait-il pas être une image, certes imparfaite, pour illustrer l'état d'anticipation dans lequel, selon saint Paul, se trouvent les morts en Christ pendant leur «sommeil» en attendant la résurrection du corps ?

Cependant nous ne prétendons pas écarter par là le «scandale» en atténuant ce que nous avons dit du caractère provisoire et encore imparfait de cet état. Il reste que, selon les premiers chrétiens, la vie pleine et véritable de la résurrection n'est pas concevable sans le corps nouveau, sans le «corps spirituel» dont les morts seront revêtus lorsque le ciel et la terre seront créés à nouveau.

Dans notre travail, nous avons renvoyé à deux reprises au rétable d'Isenheim du peintre médiéval Grünewald. C'est le corps de résurrection qu'il a peint et non l'âme immortelle. De même, un autre artiste, Jean-Sébastien Bach, nous fait entendre, dans le Credo de la Messe en si, l'interprétation musicale des paroles du vieux symbole qui reproduisent fidèlement la foi du Nouveau Testament en la résurrection du Christ et en notre résurrection. C'est bien l'événement de la résurrection du corps et non l'immortalité de l'âme que la musique jubilante du grand compositeur y a voulu exprimer:

Et resurrexit tertia die... Expecto resurrectionem mortuorum et vitam venturi saeculi.

Et Haendel, dans la partie finale de son «Messie», nous permet de pressentir, par la musique, ce que saint Paul entend par le sommeil de ceux qui «dorment» en Christ, et d'autre part, dans le chant de triomphe, son attente de la résurrection finale qui viendra au moment où retentira «la dernière trompette» et où nous serons «tous changés».

Que nous partagions cette espérance ou non, reconnaissons au moins que les artistes, dans ce cas, ont été les meilleurs exégètes de la Bible.

Chamonix, le 15 septembre 1956.

INTRODUCTION

Posez à un chrétien, protestant ou catholique, intellectuel ou non, la question suivante: qu'enseigne le Nouveau Testament sur le sort individuel de l'homme après la mort, à très peu d'exceptions près vous aurez toujours la même réponse: l'immortalité de l'âme. Et pourtant cette opinion, quelque répandue qu'elle soit, est un des plus graves malentendus concernant le christianisme. Il est inutile de vouloir passer ce fait sous silence ou de le voiler par des interprétations arbitraires qui font violence au texte. On devrait plutôt en parler très ouvertement. La conception de la mort et de la résurrection, telle qu'elle va être exposée dans ces pages,

[Voir aussi O. CULLMANN, «La foi à la résurrection et l'espérance de la résurrection dans le Nouveau Testament», Etudes théologiques et religieuses, 1943) P. 3 ss; Christ et le temps, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel et Paris, 1947) p. 167 ss; PH. H. MENOUD, Le sort des trépassés, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel et Paris, 1945 (Cahiers théologiques de l'actualité protestante, 9); R. MEHL, Der letzte Feind, 1954.]

est enracinée dans l'histoire du salut. Entièrement déterminée par cette histoire, elle est incompatible avec la croyance grecque a l'immortalité de l'âme. Elle est choquante pour la pensée moderne et cependant elle se présente à nous comme un élément constitutif de la prédication des premiers chrétiens qu'on ne saurait abandonner ou éluder par une interprétation modernisante, sans que le Nouveau Testament soit privé de sa substance.

Ou bien la foi des premiers chrétiens dans la résurrection serait-elle quand même compatible avec la conception de l'immortalité de l'âme? Le Nouveau Testament, surtout dans l'Evangile johannique, n'enseigne-t-il pas aussi que nous avons déjà la vie eternelle? Et la mort n'est-elle vraiment, dans le Nouveau Testament, que le «dernier ennemi»? Est-elle vraiment conçue d'une façon diamétralement opposée à la pensée grecque qui voit en elle un ami? L'apôtre Paul n'écrit-il pas: «Où est-il, ô mort, ton aiguillon?»

Ce malentendu tellement répandu que le Nouveau Testament enseignerait l'immortalité de l'âme, est en effet favorisé par le fait que les premiers disciples ont, depuis Pâques, la conviction inébranlable qu'avec la résurrection corporelle du Christ la mort a perdu toute sa terreur,

[Mais pourtant pas de telle façon que l'Eglise primitive ait pu dire qu'il fût «naturel» de mourir. Cette expression que KARL BARTH a employée dans un exposé d'ailleurs très impressionnant sur la conception négative de la mort comme «dernier ennemi» (Die Kirchliche Dogmatik, III, 2, 1948, p. 776 ss) ne nous parait pas avoir de fondement dans le Nouveau Testament; voir par ex. I Cor. 11.30 (et infra III).]

et que dès ce moment, le Saint-Esprit a déjà fait naître à la vie de la résurrection celui qui croit. Mais, dans cette affirmation conforme au Nouveau Testament, il faut souligner les mots «depuis Pâques», et cela montre tout l'abîme qui sépare malgré tout la conception des premiers chrétiens de la conception grecque. Toute la pensée de l'Eglise primitive est orientée dans le sens de l'histoire du salut. Tout ce qui est affirmé sur la mort et la vie éternelle dépend entièrement de la foi en un fait réel, en des événements réels qui se sont déroulés dans le temps. C'est là que réside la différence radicale avec la pensée grecque. Comme nous avons voulu le montrer dans notre livre Christ et le Temps, cette conception appartient à la substance même de la foi des premiers chrétiens, à son essence qu'on ne peut pas abandonner ni changer par une interprétation modernisante.

[Cette démonstration a été le but réel que nous avons poursuivi dans notre livre, et notre intention n'a pas été celle qu'on nous a souvent prêtée à tort d'avoir voulu traiter du problème «temps et éternité».]

Dans le Nouveau Testament, la mort et la vie éternelle sont liées à l'histoire du Christ. Il est donc clair que pour les premiers chrétiens l'âme n'est pas immortelle en soi, mais qu'elle l'est devenue uniquement par la résurrection de Jésus-Christ, «le premier-né d'entre les morts», et par la foi en lui. Il est clair aussi que la mort en soi n'est pas «l'ami»; c'est seulement par la victoire remportée sur elle par Jésus, dans sa mort et sa résurrection corporelle, que son «aiguillon» a été enlevé, sa puissance vaincue. Il est clair enfin que la résurrection de l'âme qui a eu lieu déjà, n'est pas encore l'état d'accomplissement: il faut attendre celui-ci aussi longtemps que notre corps n'est pas ressuscité; ce sera pour la fin des temps.

Il est faux de voir déjà dans l'Evangile johannique une tendance vers la doctrine grecque de l'immortalité de l'âme, car lui aussi lie la vie éternelle à l'histoire du Christ.

[Dans cet Evangile, nous ne sommes pas encore, pour parler avec R. BULTMANN, sur le chemin de la «démythologisation», étant donné que cet écrit aussi est orienté dans le sens de l'histoire du salut.]

Certes les accents à l'intérieur de cette histoire du Christ sont différemment répartis dans les divers livres du Nouveau Testament. Cependant le fondement de toute la doctrine est commun à tous: c'est l'histoire du salut.

[Voir BO REICKE, «Einheitlichkeit oder verschiedene Lehrbegriffe in der neutestamentlichen Theologie», Theol. Zeitschr., 9, 1953, p. 401 ss]

Il est vrai que nous devons reconnaître la possibilité d'une influence grecque sur le christianisme naissant, dès le commencement déjà;

[Et cela d'autant plus que les textes de Qumrân prouvent que déjà la branche du judaïsme à laquelle le christianisme se rattache plus particulièrement est influencée par l'hellénisme. Voir O. CULLMANN, «The Significance of the Qumrin Texts for Research into the Beginnings of Christianity», Journ. of Bibl. Lit. 74, 1955, p. 213 ss; voir également R. BULTMANN, Tbeologie des N.T., 1953, p. 361 n. i.]

mais aussi longtemps que les notions grecques sont soumises à cette vue d'ensemble de l'histoire du salut, il ne peut être question d'une vraie hellénisation.

[Il faudrait plutôt parler d'une «historisation» chrétienne (dans le sens de l'histoire du salut) des notions grecques. C'est seulement dans ce sens, et non dans le sens de R. BULTMANN, que les mythes du Nouveau Testament sont déjà «démythologisés» par les auteurs chrétiens eux-mêmes.]

Celle-ci ne commencera que plus tard.

La conception biblique de la mort est donc fondée sur une histoire du salut, et par consequent elle doit différer totalement de la conception grecque; rien ne le montre mieux que la confrontation de la mort de Socrate avec la mort de Jésus, confrontation qui, dès l'antiquité, avec une tout autre intention cependant, a été entreprise par les adversaires du christianisme.

[Voir les textes chez E. BENZ, Der gekreuzigte Gerechte bei Plato, im Neuen Testament und in der alten Kirche, 1950.]

par OSCAR CULLMANN
Professeur d'Université à Paris et à Bâle
1956

  1. Avant-Propos
  2. Le dernier ennemi: la mort. Socrate et Jésus
  3. Le salaire du péché: la mort. Corps et âme. Chair et Esprit.
  4. Le premier-né d'entre les morts. Entre la Résurrection du Christ et l'anéantissement de la mort.
  5. Ceux qui dorment. Saint-Esprit et état intermédiaire des morts.
  6. Conclusion

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